Les journalistes neuchĂątelois combattent pour la libertĂ© de l’information

17 novembre 2008

Les journalistes de L’Express et L’Impartial ont repris le travail lundi 17 novembre aprĂšs le mouvement de grĂšve de deux jours entamé le 14 novembre. L’arrĂȘt de travail Ă©tait intervenu aprĂšs le refus de l’Ă©diteur de nĂ©gocier sur dix suppressions de postes, soit un quart de l’effectif rĂ©dactionnel. Les nĂ©gociations avec la sociĂ©tĂ© Ă©ditrice ont abouti Ă  un accord. Quatre postes seront supprimĂ©s dans la rĂ©daction et une demande de chĂŽmage partiel dĂ©posĂ©e auprĂšs des autoritĂ©s cantonales. Si elle est rejetĂ©e, le plan dÂŽĂ©conomies initial portant sur dix suppressions de postes au total sera appliquĂ©, ont indiquĂ© les parties dans un communiquĂ© commun. Dimanche 16 novembre, une manifestation de soutien Ă  la rĂ©daction a rĂ©uni 300 personnes Ă  la place du MarchĂ©, Ă  la Chaux-de-Fonds. Ce mouvement a aussi pour but de dĂ©fendre la qualitĂ© de l’information, sĂ©rieusement menacĂ©e. Vos rĂ©actions sont bienvenues dans les commentaires ci-dessous.

RĂ©actions des rĂ©dacteurs Ă  l’annonce des mesures d’Ă©conomie Ă  L’Express-L’Impartial (15 suppressions de postes)

11 novembre 2008

La page Zoom de «L’Express» et «L’Impartial» tel qu’elle aurait dĂ» paraĂźtre le 8 novembre 2008:

L'Impartial-L'Express

AprĂšs un vote, les rĂ©dacteurs de «L’Express» voulaient de la sorte protester contre l’annonce de 15 suppressions de postes Ă  la SNP et 10 Ă  la rĂ©daction de «L’Express» et «L’Impartial». Toutes les pages auraient dĂ» arborer ce bandeau noir avec l’inscription «15 emplois supprimĂ©s
 - L’information disparaĂźt». La rĂ©daction en chef et la direction ayant refusĂ© la mesure, voici l’objet du dĂ©lit sauvé  des eaux.

“Nous voulons tout savoir des journalistes du ‘Matin’”

10 novembre 2008

Il nous le dit, le nouveau journal : «Le Matin, c’est vous». Il nous invite Ă  rĂ©agir par courrier, mail ou sms, Ă  gueuler dans le gueulaphone, Ă  informer la rĂ©daction par tous les moyens sur la vie vĂ©cue des gens publics lorsqu’ils sont vus par nous, les gens moyens.

Il faut donc en prendre acte. C’est une nouvelle expression de la mode citoyenne. Les comitĂ©s citoyens se substituent aux partis politiques, les cafĂ©s citoyens prennent la place des parlements, les initiatives citoyennes occupent le terrain des droits populaires; les journalistes citoyens devaient donc tĂŽt ou tard supplĂ©er les journalistes. Encouragement immĂ©diat dĂšs Ă  prĂ©sent Ă  saisir, l’occasion s’en prĂ©sentant, la vie des gens publics dans leurs activitĂ©s privĂ©es sur nos tĂ©lĂ©phones photographiques.

A nos yeux, la presse - mĂȘme et peut-ĂȘtre surtout populaire - est un contre-pouvoir dĂ©mocratiquement indispensable, dont le statut et l’honneur ne peuvent ni ne doivent ĂȘtre confondus avec la traque de personnalitĂ©s publiques dans leur vie privĂ©e.

Ou alors il faut assumer la nouvelle posture de son journal et accepter que le tri des informations est Ă©galement tributaire du statut, des mƓurs et de la vie de la rĂ©daction en chef.

L’information sur la vie de celles et ceux qui nous informent nous paraĂźt Ă  ce titre en tout cas aussi Ă©clairante que celle publiĂ©e sur ceux qui nous gouvernent.

Nous appelons dĂšs lors toute personne qui pourrait nous transmettre des documents Ă©clairants, photos volĂ©es, anecdotes croustillantes, Ă©carts de conduite, mƓurs, amours et compagnonnages de ces personnalitĂ©s publiques que sont les journalistes du Matin, rĂ©dactrice en chef comprise, Ă  nous les transmettre pour publication sur un site internet dĂ©diĂ©.

D’accord avec Madame Dayer pour le journalisme citoyen: personnalitĂ© publique, elle veut tout savoir des personnalitĂ©s publiques. Nous voulons tout savoir d’elle et de ses adjointes et adjoints.

Martine Kurth, NeuchĂątel

Matthieu Béguelin, Neuchùtel

Puis:

Bernard Attinger, Sion

Belul-Beni Bajrami, NeuchĂątel

Laurence Boegli, NeuchĂątel

Philippe Boisadan, St-Aubin

Anne-Catherine Bolay Bauer, La Chaux-de-Fonds

Patrick Bourquin, CormondrĂšche

Yves Carraux, NeuchĂątel

Patrick Carruzzo, Sion

Mario Castioni, NeuchĂątel

Michel Clavien, Muraz/Sierre

François Cuche, Val-de-Ruz

Jean-Jacques Delémont, La Chaux-de-Fonds

Pierre Dubois, NeuchĂątel

Claude-Eric Hippenmeyer, La Chaux-De-Fonds

Daniel Huguenin-Dumittan, Les Hauts-Geneveys

Théo Huguenin Elie, La Chaux-de-Fonds

Baptiste Hurni, Val-de-Travers

Jean-Pierre Jelmini, NeuchĂątel

>Marie-France Joly, NeuchĂątel

Jean-Nathanaël Karakash, Fleurier

Nathalie Fellrath, Marin

Silvia Locatelli, La Chaux-de-Fonds

Raymond Maridor, NeuchĂątel

Alain Meyrat, La Chaux-de-Fonds

Daniel Monnin, NeuchĂątel

CĂ©line MĂŒller, La Chaux-de-Fonds

Silva MĂŒller-Devaud, NeuchĂątel

Bertrand Nussbaumer, Peseux

Nicolas de Pury, NeuchĂątel

Patricia de Pury, NeuchĂątel

Loyse Renaud-Hunziker, La Chaux-de-Fonds

Nicolas Soguel, Valangin

Fabienne Spichiger, NeuchĂątel

Laurent De Weck, NeuchĂątel

Henri Wetli, NeuchĂątel

Journalistes mieux armés depuis le 1er juillet 2008

30 août 2008

Les journalistes tiennent pour devoir essentiel de s’interdire de confondre le mĂ©tier de journaliste avec celui de publicitaire, de n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs publicitaires. Ce point a figurĂ© longtemps tel quel Ă  l’article 10 de la DĂ©claration des devoirs et des droits des journalistes. Jusqu’au jour oĂč le Conseil suisse de la presse (CSP) a statuĂ© sur une plainte dĂ©posĂ©e par info-en-danger, dĂ©nonçant l’amalgame croissant des messages rĂ©dactionnels et publicitaires. Le CSP a donnĂ© raison Ă  info-en-danger et dorĂ©navant, la directive unique sera complĂ©tĂ©e par d’autres chapitres. La dĂ©cision adoptĂ©e dans ce sens en aoĂ»t 2007 par le Conseil suisse de la presse est entrĂ©e en vigueur le 1er juillet 2008.

Extraits:

Directive 10.1 - Séparation entre partie rédactionnelle et publicité

“Une nette sĂ©paration entre la partie rĂ©dactionnelle, respectivement le programme, et la publicitĂ© est impĂ©rative pour la crĂ©dibilitĂ© des mĂ©dias (…). Les journalistes s’abstiennent de transgresser cette sĂ©paration en intĂ©grant de la publicitĂ© clandestine dans leurs articles ou Ă©missions.”

Directive 10.4 - Comptes rendus “Lifestyle”, mention de marques et de produits

“(…) La prĂ©sentation non critique ou dithyrambique d’objets de consommation, la mention plus frĂ©quente que nĂ©cessaire de marques de produits ou de services ainsi que la simple restitution de slogans publicitaires dans la partie rĂ©dactionnelle compromettent la crĂ©dibilitĂ© du mĂ©dia et des journalistes.”

VoilĂ  les journalistes mieux armĂ©s, qui plus est dĂ©fendus dans des prĂ©ceptes entĂ©rinĂ©s par leurs employeurs. En effet, les Ă©diteurs viennent de faire leur entrĂ©e au Conseil suisse de la presse. Le monde Ă  l’envers? L’avenir dira si cette nouvelle pratique sera respectĂ©e.

L’activitĂ© d’info-en-danger en 2007-2008

4 juin 2008

L’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale d’info-en-danger s’est tenue le jeudi 22 mai 2008 Ă  Lausanne. A l’ordre du jour figurait le rapport d’activitĂ© pour l’annĂ©e Ă©coulĂ©e que nous publions ci-aprĂšs.

ChĂšres consoeurs, chers confrĂšres, chers amis

L’annĂ©e derniĂšre Ă  la mĂȘme Ă©poque, lors de notre derniĂšre assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale, j’avais esquissĂ© en trois ou quatre points le programme d’info-en-danger pour les mois qui allaient suivre. Parmi ces actions, figurait la rĂ©alisation d’une affiche stylisĂ©e de la DĂ©claration des devoirs et des droits. Chose dite, chose faite, le concept graphique a Ă©tĂ© confiĂ© au dessinateur de presse lausannois Marc Roulin. Le graphisme dĂ©core une version allĂ©gĂ©e de la DDD, oeuvre de Michel Beuret qui a repris les articles originaux en les adaptant Ă  un format “populaire”, l’idĂ©e Ă©tant de distribuer cette affiche en premier lieu dans les rĂ©dactions. Un tirage couleur en format A3 a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© en 100 exemplaires qui ont pratiquement tous Ă©tĂ© distribuĂ©s.

En mai 2007, j’annonçais Ă©galement la tenue, le 1er octobre Ă  GenĂšve, du 5e rassemblement pour les droits humains consacrĂ© Ă  la libertĂ© de la presse. J’y ai Ă©tĂ© invitĂ© Ă  prĂ©senter l’action d’info-en-danger. D’autres orateurs Ă©taient de la manifestation, dont Roger de Diesbach et Florence Aubenas. Cet Ă©vĂ©nement a eu un retentissement non nĂ©gligeable, en tout cas en ce qui concerne notre action. C’est ainsi que dans la foulĂ©e, Ely Pradervand m’a demandĂ© de participer, le 19 novembre Ă  GenĂšve, Ă  un dĂ©bat organisĂ© dans le cadre de la JournĂ©e mondiale pour la prĂ©vention des abus envers les enfants, sur le thĂšme “TĂ©lĂ©vision, publicitĂ©, internet: Quelle influence sur nos enfants”. Autres invitĂ©s: le chef de la sĂ»retĂ© neuchĂąteloise Olivier GuĂ©niat, l’avocate Sara Giardina, Martine Libertino et Claire de Lavernette, du Mouvement mondial des mĂšres.

La journĂ©e du 1er octobre a eu aussi des rĂ©percussions trĂšs palpables, en monnaies sonnantes et trĂ©buchantes. En effet, Florence Aubenas, se solidarisant avec nous, a cĂ©dĂ© son cachet de 500 francs Ă  l’association info-en-danger. Dans la foulĂ©e, j’en ai fait de mĂȘme, honneur aux dames.

L’intĂ©rĂȘt de l’annĂ©e 2007 pour notre association ne s’est pas limitĂ©e Ă  ces deux Ă©vĂ©nements puisque le 14 septembre a eu lieu Ă  Berne la JournĂ©e des mĂ©dias, organisĂ©e par les syndicats et organisations professionnelles de journalistes. ThĂšme: “L’indĂ©pendance des journalistes dans l’étau de l’économie”. J’y ai prononcĂ© une allocution, prĂ©sentant le mouvement info-en-danger. La journĂ©e Ă©tait ouverte aussi Ă  des gens de la com, comme la porte-parole de Migros, Monica Glisenti. Elle a valu Ă  info-en-danger de se faire connaĂźtre davantage par le biais des ondes. En dĂ©but de matinĂ©e, l’émission MĂ©dialogues de la Radio Romande m’a demandĂ© d’expliciter le sens de notre action.

Rebelote le 28 septembre, Ă  St-Imier, cette fois, oĂč j’étais invitĂ© Ă  participer Ă  une table-ronde en compagnie des rĂ©dacteurs en chef de trois journaux neuchĂątelois et du regrettĂ© Didier Estoppey.

Enfin, cerise sur le gĂąteau mais avec un arriĂšre-goĂ»t un peu amer, malgrĂ© tout, les Assises du journalisme, premiĂšres du genre, organisĂ©es Ă  Lausanne le 20 novembre. Ceux d’entre vous qui y Ă©taient ont pu assister au dialogue de sourds lors de la table-ronde consacrĂ©e Ă  la crĂ©dibilitĂ© de la presse entre votre serviteur et Eric Hoesli. Le soir mĂȘme, le dĂ©bat s’est poursuivi Ă  la Radio romande dans le cadre de l’émission Forum oĂč j’étais opposĂ©, cette fois, Ă  Ariane Dayer.

Ces passes d’armes ont eu le mĂ©rite d’aiguiser mon besoin de m’exprimer sur le sujet. Je l’ai fait dans des articles, notamment pour notre sitewww.infoendanger.net, sur le Radeau de la MĂ©duse, dans la Lettre hebdomadaire du Journal de GenĂšve et Gazette de Lausanne, La LibertĂ©, la Vie Protestante. Info-en-danger est aussi la raison de mon passage, en juin 2007, Ă  l’émission de la RSR “Devine qui vient dĂźner”.

J’ai fait allusion au site www.infoendanger.net. Ceux qui y sont allĂ©s rĂ©cemment ont constatĂ©, non pas un bouleversement mais, je l’espĂšre, une amĂ©lioration dans le sens de la prĂ©sentation visuelle et d’une plus grande facilitĂ© d’accĂšs. Il y a notamment un espace commentaires qui commence Ă  ĂȘtre utilisĂ©. Pour ce travail de dĂ©frichage, j’ai mandatĂ© un webmaster basĂ© Ă  Londres, François Brutsch, qui travaille pour Domaine Public et la Lettre du JDG-GDL. D’autres amĂ©liorations restent Ă  faire, je pense notamment Ă  un “Qui sommes-nous?” ou Ă  un â€œĂ©crivez-nous” se dĂ©tachant d’emblĂ©e dans un but d’augmentation de la visibilitĂ©. Un confrĂšre alĂ©manique, Wolf Ludwig, que j’ai mandatĂ© pour nous conseiller - il l’a fait bĂ©nĂ©volement et je l’en remercie chaleureusement - nous conseille mĂȘme d’en faire un site bilingue afin de porter le dĂ©bat outre-sarine.

Je ne pourrais pas clore ce rapport d’activitĂ© sans me rĂ©fĂ©rer Ă  l’action que je mĂšne depuis une annĂ©e sur le front de la ConfĂ©rence des rĂ©dacteurs en chef. Cet organe s’est dotĂ©, dĂ©but 2007, d’un code de conduite qui a l’air d’avoir fait forte impression au Conseil de la presse puisque ce dernier s’y rĂšfĂšre dans le jugement qu’il a Ă©mis en mars 2007, suite au dĂ©pĂŽt de la plainte d’info-en-danger. La balle serait dans le camp de la ConfĂ©rence des rĂ©dacteurs en chef, s’il faut en croire le Conseil de la presse. Or ladite ConfĂ©rence a un nouveau prĂ©sident en la personne de Peter RothenbĂŒhler, un confrĂšre dont le journal, “Le Matin”, pour ne pas le citer, est Ă©pinglĂ© Ă  plus d’un titre par info-en-danger. En avril 2007, j’avais pourtant averti le prĂ©dĂ©cesseur de M. RothenbĂŒhler, Res Strehle. Et ce dernier m’avait donnĂ© l’impression de prĂȘter une oreille attentive Ă  mes remarques.

Pour conclure, je dirais que notre mouvement, s’il n’est pas le partenaire officiel des instances dĂ©cisionnelles, joue son rĂŽle de voix critique dans le concert mĂ©diatique. 2007 a marquĂ© un tournant dans le sens oĂč le dĂ©bat est sorti de son terreau nombriliste, la presse. J’en veux pour preuve les mĂ©moires de licence et autres thĂšses (comme ce travail remarquable “La marchandisation de l’info” de Gilles Durussel, ou cet autre “Quel avenir pour la presse Ă©crite en Suisse romande” d’Alexis Bimpage, les deux figurent sur notre site) parues dans les Ă©coles et universitĂ©s. J’en veux aussi pour preuve les rĂ©actions provenant de certains milieux Ă©conomiques, comme cette entreprise de la torrĂ©faction qui se plaint de concurrence dĂ©loyale parce que tel quotidien de rĂ©fĂ©rence Ă©crit Ă  sens unique en cirant les pompes d’une multinationale de l’alimentation.

Christian Campiche
22.05.2008

«Au nom de tous les Romands»

30 mai 2008

Dans son journal, le rĂ©dacteur en chef du Matin s’excuse auprĂšs de l’entraĂźneur de l’équipe de France de football. Il le fait «au nom de tous les Romands». «Cher Raymond Domenech, je vous demande pardon, Ă  vous, Ă  l’équipe de France et Ă  tous ces Français qui sont choquĂ©s par les messages nĂ©gatifs apparus ces jours sur les sites Internet romands».

«Au nom de tous les Romands», M. RothenbĂŒhler pourrait aussi demander au Saint-PĂšre la grĂące Ă©ternelle pour les pĂ©cheurs dĂ©mocrates chrĂ©tiens valaisans, pendant qu’il y est. Et puisqu’il vient de Bienne et que sa langue maternelle est le suisse allemand, pourquoi n’exigerait-il pas du conseiller fĂ©dĂ©ral Moritz Leuenberger qu’il ferme l’aĂ©roport de Zurich pour faire de Cointrin l’«Unique» plate-forme helvĂ©tique ?

Cher Peter RothenbĂŒhler, je vous demande pardon, mais vous prenez vos lecteurs pour des moutons de Panurge, avec vos jugements et vos conseils Ă  l’emporte-piĂšce. Et de quel droit, je vous prie, vous appropriez-vous la conscience de vos concitoyens pour envoyer des messages au monde?

Je le sais bien, outre Sarine, certains dĂ©magogues vous prĂ©sentent comme un faiseur d’opinion. Vous seriez Ă  la presse de boulevard lĂ©manique ce que M. Frank A. Meyer est au Blick. Vous avez souvent les honneurs de la tĂ©lĂ©vision. Vous avez surtout de la chance que votre Ă©diteur, ne maĂźtrisant pas toutes les subtilitĂ©s de la langue allemande, vous charge de le reprĂ©senter au sein du «Filz», la bonne sociĂ©tĂ© zurichoise. Sans cela, il y a longtemps qu’il vous aurait remerciĂ© «au nom de tous les Romands».

Christian Campiche*

*Article paru sur www.journaldegeneve.ch

Le plat rĂ©chauffĂ© de la TSR - La chute de Christoph Blocher: c’est bon pour l’audience, coco

9 mai 2008

Sous prétexte de nourrir le débat de ce cÎté-ci de la Sarine, la Télévision suisse romande a donc décidé de diffuser dimanche 4 mai le documentaire de sa consoeur alémanique sur la non réélection de Christoph Blocher.

On sait que cette Ă©mission a suscitĂ© de violentes rĂ©actions dans l’électorat UDC et conduit ce parti, jusque-lĂ  bien silencieux, Ă  lancer sa campagne de dĂ©molition de Mme Widmer-Schlumpf. On sait aussi que ce film ne mĂ©rite pas le qualificatif de documentaire, tant il vise Ă  crĂ©er l’évĂ©nement plutĂŽt que de le documenter: mise en scĂšne, dĂ©coupage et commentaires, Ă  quoi il faut ajouter quelques propos maladroits de certains acteurs du 12 dĂ©cembre dernier, tout concourt Ă  suggĂ©rer un vĂ©ritable thriller soigneusement planifiĂ©. Alors qu’en rĂ©alitĂ©, la non réélection du ministre de la justice fut la consĂ©quence d’un bricolage manigancĂ© Ă  la derniĂšre minute.

La diffusion de ce film sur la chaĂźne romande n’éclaire donc en rien l’histoire du 12 dĂ©cembre. Tout au plus permet-elle Ă  quelques esprits exaltĂ©s de justifier la rage qui les habite depuis l’éviction de leur hĂ©ros. L’adjonction d’un dĂ©bat avec des protagonistes qui ne font que rĂ©pĂ©ter leurs thĂšses n’ajoute aucune plus-value Ă  l’opĂ©ration. La TSR ne nous offre qu’un plat rĂ©chauffĂ©, bien dans la ligne de son Ă©mission Infrarouge qui privilĂ©gie le spectacle polĂ©mique au dĂ©triment du contenu informatif.

Jean-Daniel Delley
Domaine Public, No 1178
http://www.domainepublic.ch/pages/dp1778.htm

Pubs et rĂ©dactionnel: l’aveu d’Anne de la Forest

6 mai 2008

Info-en-danger a retranscrit un dĂ©bat enregistrĂ© sur Gazette d’arrĂȘt sur images, No 18

Daniel Schneidermann: “Les magazines fĂ©minins font-ils de l’information des lectrices ou sont-ils d’immenses catalogues publicitaires. Les articles ne sont-ils que des alibis pour justifier les petits cadeaux?”

Anne de la Forest (rĂ©dactrice en chef du magazine fĂ©minin français DS: “ArrĂȘtez de parler de cadeaux. Notre travail, c’est de tester les produits de beautĂ©. On est gĂątĂ©es, je l’avoue. Je veux dĂ©fendre la presse fĂ©minine. On est un moment de dĂ©tente.”

Daniel Schneidermann (se saisissant d’un numĂ©ro du magazine): “On est un peu perdu. Sont-ce des pages rĂ©dactionnelles ou des pubs? Ces rubriques, “On a aimĂ©, on n’a pas aimĂ©, ou plutĂŽt on aime moins”, parce qu’on ne peut pas dire qu’on n’a pas aimĂ©, bien sĂ»r…” (sourire entendu).

Evelyne Vermorel (ex-rĂ©dactrice en chef BeautĂ© Madame Figaro): “Je constate une grande dĂ©gradation dans la presse. Quand j’ai commencĂ© dans le mĂ©tier, c’était en 1973 au “Point”, la presse informait. Aujourd’hui, elle montre. On a glissĂ©. C’est un show.”

Jean-Baptiste Rivoire (Canal Plus): “Il y a le risque que ces articles perdent en crĂ©dibilitĂ©. A force de dire n’importe quoi, le magazine pourrait bien tomber des mains des lectrices”.

Anne de la Forest: “Ce qui ne marche pas, on n’en parle pas. Je n’ai pas intĂ©rĂȘt Ă  faire du mal aux marques qui me permettent de faire mon magazine”.

Quel aveu!

Info-en-danger

Nos lecteurs nous signalent

21 avril 2008

Matin Bleu, lundi 14 avril, page 18

“Le challenge: ils ont 4 semaines pour redevenir fit” - Le Matin bleu en fait mĂȘme sa manchette “Comment retrouver sa ligne en 4 semaines avant l’Ă©tĂ©” ou un truc du genre. A l’intĂ©rieur, rien, aucun tuyau pour retrouver sa ligne, mais “Un mois pour retrouver la forme, voilĂ  le programme proposĂ© hors abonnement par les centres Holmes Place…Un dĂ©fi relevĂ© par 4 journalistes du Matin Bleu”. Bref, de la pub, encore de la pub, et rien que de la pub.

Issu du trÚs vénérable Hebdo, du 3 avril 2008

En une “Le dollar Ă  un franc, comment en profiter: ipod, mode, voyages, etc”. A l’intĂ©rieur, pas un mot sur les voyages. Des droits de douane, mais pas de voyage Ă  proprement parler. La une pourrait faire croire qu’on va nous dire comment voyager Ă  bas prix aux Etats-Unis…

L’IllustrĂ© du 6 fĂ©vrier

En couverture, Carla Bruni (of course) avec une accroche “La premiĂšre dame de France a Ă©tudiĂ© en Suisse”.

A l’intĂ©rieur, l’Ă©dito consacrĂ©e Ă  la Carla (jusque lĂ , pourquoi pas) + 7 pages (si!) de dossier. Le hic, on retrouve bien un paragraphe intitulĂ© “ScolaritĂ© en Suisse” mais voilĂ  ce qu’on y trouve “[…] dans le Var, oĂč Carla va grandir heureuse avant de partir effectuer sa scolaritĂ© en Suisse. Elle gagne ensuite Paris…”

Rien, on n’apprend rien du tout: oĂč en Suisse a t-elle Ă©tudiĂ©, qu’y a t-elle Ă©tudiĂ©, en quelle annĂ©e… Bref, l’accroche pour le badaud et ensuite, une info qui se dĂ©gonfle d’elle-mĂȘme.

Quand une bonne nouvelle «coïncide» avec la pub *

13 avril 2008

Au sein de la rĂ©daction du “Temps”, l’inauguration de pratiques publicitaires controversĂ©es n’a pas fait de remous. Lundi 7 avril 2008, le quotidien dit de rĂ©fĂ©rence en Suisse romande publiait une annonce pour le moins «crĂ©ative», selon le jargon. En premiĂšre page, la fausse une, coupĂ©e en deux verticalement, affichait une rĂ©clame pour une marque de montres de luxe. Toujours dans le jargon, on appelle cela une “slim line”. La vraie une, dont on ne voyait que la moitiĂ© droite Ă  cĂŽtĂ© de la publicitĂ©, titrait en gros titre: «L’optimisme ne faiblit pas dans l’horlogerie».

“Le Salon international de la haute horlogerie s’ouvrait lundi Ă  GenĂšve, explique Jean-Jacques Roth, rĂ©dacteur en chef. Comme d’autres Ă©vĂ©nements importants, il produit un rĂ©flexe autant des annonceurs que des journalistes. Mais notre choix s’est fait indĂ©pendamment de la publicitĂ©.» L’actualitĂ© n’étant pas «évidente» dimanche, les responsables ont cherchĂ© un sujet pertinent Ă  mettre en une, explique M. Roth. Le choix s’est portĂ© sur la bonne santĂ© de l’horlogerie.

Cette rencontre entre pub et rĂ©dactionnel que l’on jure absolument dĂ©sintĂ©ressĂ©e ne porte-t-elle pas atteinte Ă  la crĂ©dibilitĂ© de l’information? «Nous Ă©tions conscients d’entrer dans une zone Ă  risques. Mais comme ce ne sont pas chez nous des pratiques rĂ©guliĂšres, on ne peut pas nous accuser de ‘faire de la retape’. L’information correspond Ă  une vraie enquĂȘte. Les salons sont l’occasion de tester la santĂ© d’un secteur. Est-ce faire de la pub?»

Pour Le Temps, cette “slim line” Ă©tait inĂ©dite. «Les annonceurs recherchent toujours plus des solutions crĂ©atives. Ils nous font beaucoup de propositions que nous refusons. Celle-ci nous a semblĂ© acceptable, contrairement Ă  un emballage complet du journal qui aurait une emprise trop forte sur notre identitĂ©.» L’opĂ©ration a rapportĂ© gros – on ne saura pas combien. «Il n’est pas exclu qu’elle se rĂ©pĂšte.»

Cofondateur de l’association Info en danger, Christian Campiche voit les choses autrement. Il reconnaĂźt certes l’importance du Salon de l’horlogerie pour les lecteurs du “Temps”. Mais il demeure que «le journal a pris ses libertĂ©s avec la charte Ă©thique des journalistes».

Dans la presse, la frontiĂšre entre publicitĂ© et rĂ©dactionnel imposĂ©e par la DĂ©claration des devoirs et des droits des journalistes est toujours plus repoussĂ©e, dĂ©plore Christian Campiche. «C’est devenu une routine, mais il ne faut pas s’y habituer.» Les annonces prennent les formes les plus extravagantes, au point que les articles deviennent des habillages pour les rĂ©clames.

Mais les pratiques les plus visibles ne sont pas les plus pernicieuses: «Le plus grave, c’est quand les annonceurs font pression sur les contenus rĂ©dactionnels et que des publireportages se cachent sous des articles.»

Les grands Ă©vĂ©nements poussent les mĂ©dias Ă  franchir la ligne rouge. Dans le cas de la Coupe de l’America, une partie des reportages diffusĂ©s sur la TSR ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s par l’équipe du navigateur Alinghi. Durant l’Euro, il s’agira d’ouvrir l’Ɠil, car il est une aubaine pour les journaux qui chercheront Ă  attirer le plus d’annonceurs possibles. Quitte Ă  perdre leur sang-froid?

Dans le cadre d’un concours pour gagner des billets pour les matchs, la “Tribune de GenĂšve” de jeudi 10 avril a parsemĂ© son Ă©dition de ballons de foot. Ils Ă©taient placĂ©s sans explications au beau milieu de plusieurs articles dont un sur les «émeutes de la faim». LĂ , le mĂ©lange s’est rĂ©vĂ©lĂ© «de mauvais goĂ»t», reconnaĂźt le rĂ©dacteur en chef Pierre Ruetschi. Il promet Ă  l’avenir de faire attention.

Rachad Armanios.

*Article par dans “Le Courrier” de samedi 12 avril 2008